Tracer des voies pour renforcer la prévention de la violence armée en Afrique de l’Ouest

15 January 2026
Tracer des voies pour renforcer la prévention de la violence armée en Afrique de l’Ouest

Les 26 et 27 novembre, l’UNIDIR, le Centre régional des Nations Unies pour la paix et le désarmement en Afrique (UNREC) et le Département fédéral suisse des affaires étrangères (DFAE) ont organisé un atelier à Lomé, au Togo, afin de considérer une étude visant à intégrer la prévention de l’extrémisme violent et de la prolifération illicite des armes, et d’en tracer la mise en œuvre. Cet événement a réuni plus de 50 experts ouest-africains provenant d’États, des Nations Unies, d’organisations régionales et continentales, de la société civile et du monde académique.

For the English version, click here.

Ces dernières années, les conflits se sont intensifiés et la violence armée a augmenté en Afrique de l’Ouest, fortement influencée par la montée de l’extrémisme violent ainsi que la disponibilité des armes et des munitions conventionnelles. La violence extrême et la demande d’armes partagent des causes sous-jacentes. Agir sur les liens entre ces causes profondes communes et les sources d’armes illicites peut contribuer à prévenir la violence armée de manière plus durable.

L’atelier conjoint UNIDIR-UNREC-DFAE a marqué l’aboutissement d’une étude empirique sur les bonnes pratiques en Afrique de l’Ouest pour relier la prévention de l’extrémisme violent (PEV) et la gestion des armes et des munitions (GAM). Cette étude a été demandée lors d’un séminaire ouest-africain, organisé par les trois partenaires en 2023, afin d’examiner « ce qui fonctionne » dans la région pour agir à la fois sur l’offre illicite d’armes et sur les causes profondes de la violence.

Appel à briser les cycles de violence

En ouvrant l’atelier, Kadja Hodabalo-Pitemnéwé, Secrétaire général du Ministère de la sécurité du Togo, a souligné la pertinence de l’événement : « L’approvisionnement continu en armes alimente un cercle vicieux : plus il y a d’armes, plus l’extrémisme violent se renforce, stimulant à son tour la demande supplémentaire d’armes. » À cet égard, Bintah Sanneh, Coordinatrice résidente par intérim des Nations Unies au Togo, a déclaré que les réponses sécuritaires, bien que nécessaires, ne suffisent plus. S.E. Simone Giger, Ambassadrice de Suisse au Ghana, au Bénin et au Togo, a ajouté que les tensions ne peuvent être résolues par la force des armes, mais plutôt par la volonté d’agir sur les causes profondes de la violence, en mettant l’accent sur le dialogue et la coopération transfrontalière.

Compte tenu de la propagation de la violence armée en Afrique de l’Ouest, Adedeji Ebo, Adjoint au Haut-Représentant des Nations Unies pour les affaires de désarmement, a souligné le besoin de plus en plus évident d’apporter des réponses holistiques : « C’est précisément là que convergent la GAM et la PEV. » S’exprimant au nom de la Commission de l’Union africaine, Richard Apau a mis en avant les nombreux efforts régionaux déployés pour traiter ces questions, tels que la Feuille de route de l’UA pour faire taire les armes ou la Convention de la CEDEAO sur les armes légères et de petit calibre. Enfin, pour Ursign Hofmann, Chercheur principal à l’UNIDIR, l’atelier ouvre la voie à la mise en œuvre du Pacte pour l’avenir des Nations Unies et à la valorisation des bonnes pratiques ouest-africaines.

Points à retenir de l’atelier

Sur la base des conclusions de l’étude, les participants à l’atelier ont partagé les bonnes pratiques et les opportunités inexploitées pour intégrer la PEV et la GAM dans les cadres stratégiques, les institutions et les pratiques opérationnelles aux niveaux local, national et régional. Les participants ont notamment souligné que :

  • Pour prévenir durablement la violence armée, il faut agir à la fois sur les symptômes et sur les causes. Cela implique d’aller au-delà des réponses fragmentées et kinétiques ;
  • Aucun acteur ne peut relever seul les défis. Le renforcement des structures nationales et la coopération entre tous les acteurs concernés sont nécessaires pour mettre en œuvre des approches intégrées ;
  • Les cadres stratégiques existants doivent évoluer. Il est essentiel de reconnaître et d’agir sur les liens entre la PEV et la GAM dans ces cadres afin d’opérationnaliser la coopération institutionnelle et les activités intégrées ;
  • Les mécanismes de dialogue formels et informels sont des moyens essentiels pour intégrer la PEV et la GAM. Ils restent insuffisamment utilisés ;
  • Les efforts visant à intégrer la PEV et la GAM doivent se concentrer sur les communautés. Les acteurs locaux (par exemple, les chefs religieux et communautaires, les femmes, les jeunes) doivent être reconnus comme agents du changement afin de mener cette intégration et être mis en réseau ;
  • Une approche régionale harmonisée et la coopération sont essentielles pour des réponses concertées. Elles devraient cibler les zones les plus vulnérables, en particulier les zones frontalières ; et
  • La mise à jour des cadres institutionnels et stratégiques peut constituer une première étape vers l’intégration des approches. Elle peut être suivie d’une adaptation des structures et de formations spécifiques.

Intégrer la PEV et de la GAM n’est plus une option, mais un impératif stratégique.

Feedback d’une participante

La voie à suivre

Les participants ont souligné l’urgence de passer de reconnaître les liens entre la PEV et la GAM à leur opérationnalisation, adaptée aux contextes. Ils ont salué les mesures pratiques de mise en œuvre présentées dans l’étude. Il est essentiel que les responsables politiques de haut niveau priorisent cette question, tandis que les structures nationales ont été encouragées à exploiter l’espace disponible au niveau programmatique. L’engagement des parlements et des acteurs de la sécurité est particulièrement important. Mobiliser les ressources nationales est indispensable. Les partenaires internationaux ont également été appelés à apporter leur soutien. Enfin, les participants ont reconnu la contribution de la recherche dans la mise à disposition de savoir-faire.

The joint UNIDIR-UNREC-FDFA workshop in Lomé, Togo
© 2025, UNIDIR

Afin de faire progresser les approches intégrées, les participants ont formulé des actions concrètes qu’ils aspirent à entreprendre ou promouvoir dans le cadre de leurs capacités respectives ou collectivement.

Au niveau national :

  • Diffuser les résultats de l’étude et plaider en faveur d’approches intégrées auprès des décideurs et des parties prenantes nationaux, y compris les parlementaires ;
  • Créer des plateformes d’échange nationales afin de renforcer la coopération programmatique et opérationnelle entre toutes les parties prenantes concernées ;
  • Étudier la création d’une structure institutionnelle nationale ou de canaux de communication entre les structures nationales de PEV et de GAM ;
  • Appliquer l’étude pour renforcer un projet pilote de gouvernance du secteur de la sécurité (GSS) au Togo et amplifier les expériences de projets menés dans d’autres pays, en utilisant la GSS holistique comme point d’entrée clé pour l’intégration ;
  • Connecter la PEV et la GAM dans les actions prévues dans les stratégies nationales relatives aux armes légères et de petit calibre, dans les activités de sensibilisation et dans la collecte de données. L’étude a également été jugée opportune pour la révision du cadre de PEV du Ghana et de la stratégie antiterroriste de la Côte d’Ivoire ;
  • Intégrer les approches de la PEV et de la GAM dans les programmes de promotion de la paix et de réconciliation ;

Au niveau régional :

  • Promouvoir des approches intégrées et l’utilisation de l’étude dans toute la région via des réseaux régionaux, tels que le Réseau des parlementaires africains membres des commissions défense et sécurité et le Réseau d’action sur les armes légères en Afrique de l’Ouest ;
  • Réaliser une auto-évaluation par des organisations régionales et continentales, y compris la revue des cadres stratégiques, afin de déterminer comment renforcer des approches intégrées au sein de ces entités, et mettre en place des équipes multisectorielles pour opérationnaliser les conclusions pertinentes de l’étude ; et
  • Renforcer les indicateurs liés à la PEV et aux armes dans le mécanisme d’alerte précoce des conflits d’un réseau régional de la société civile, l’alerte précoce étant une voie essentielle pour l’intégration.

Du dialogue à l’action

Les participants ont proposé d’utiliser les forums existants en Afrique de l’Ouest et sur le continent pour alimenter le débat politique. Ils ont appelé l’UA et les organisations régionales à favoriser l’intégration de la PEV et de la GAM dans leur travail et dans des lignes directrices ou plans d’action existants ou nouveaux. La coopération entre les organisations doit rester vive. L’atelier a notamment mis en avant l’initiative « Faire taire les armes » de l’UA.

Les participants ont également recommandé de maintenir la plateforme de dialogue multipartite pour les experts en matière de PEV et de GAM, fournie par l’UNIDIR, l’UNREC et le DFAE (l’« Initiative de Lomé »), afin de suivre les progrès de mise en œuvre et de promouvoir les échanges et l’apprentissage au niveau régional. Les trois partenaires ont aussi été invités à soutenir la diffusion de l’étude auprès des États et des partenaires régionaux, et à élargir le dialogue à d’autres régions.

À l’horizon février 2026, l’UNIDIR, l’UNREC et le DFAE publieront et lanceront l’étude, proposant des mesures efficaces pour une mise en œuvre opérationnelle en Afrique de l’Ouest. Elle contribuera également de manière tangible à la 9ème révision de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies et à la 9ème réunion biennale des États du Programme d’action sur les armes légères. L’étude sera un exemple concret d’opérationnalisation de l’appel lancé par le Pacte pour l’avenir des Nations Unies en faveur de la prévention de la violence armée, et inspirera, espérons-le, d’autres régions africaines à intégrer efficacement la PEV et la GAM.